Ouvrir un site e-commerce pour se payer un salaire est devenu une pratique à la mode. Il existe des services qui permettent à tous les profils et à tous les budgets de se lancer en quelques clics. Mais se lancer dans ce défi est souvent une mauvaise idée. Voici pourquoi…

Les e-commerçants de France se multiplient

Ce sont 200 milles les sites e-commerce en France en 2018. Combien sauriez-vous en citer ?

Sachez que les 2/3 de tous les e-commerçants français ont un CA annuel inférieur à 30k€, soit inférieur à 2500€ par mois. Un chiffre d’affaire plutôt modeste si vous comptez y vivre avec.

Evolution du nombre des sites marchands en France - Fevad

Evolution du nombre des sites marchands en France – Fevad

Dans la masse, on y retrouve les gros du e-commerce, des sites vitrines mais aussi des gens qui ont tenté leur chance sur la vague de vidéos explicatives qui ont envahi le web dans les dernières années.

Vous y trouverez énormément de contenu sur comment concevoir, lancer et gérer un site e-commerce « sans bouger un doigt ». Certains mettront en avant les pièges à éviter. Mais difficilement vous vous rendrez comptes des vrais efforts à mettre en place pour la réussite de votre site. En effet, créer une boutique en ligne n’est pas une fin en soi : le site engage beaucoup de ressources (temps et argent). Et ceux qui croient qu’on peut laisser un site vivre tout seul en drop shipping en attendant qu’il rapporte du cash… bah… Ils seront vite déçus.

J’ai voulu prendre le sujet par l’autre côté et me concentrer sur les aspects « négatifs » du lancement d’un site e-commerce afin d’apporter une autre vision aux intéressés.

Le lancement ! Un moment d’excitation

En effet, lancer un site ce n’est pas très cher. Dix euros par mois peuvent suffire pour lancer votre premier site ! En revanche, cela ne sera pas très joli et pas très fonctionnel. Rajouter un peu de personnalisation et des fonctionnalités sur des CMS type Prestashop peut vite représenter une dépense entre 300€/500€.

Ensuite, c’est au tour du fournisseur en dropshipping (vous n’allez pas gérer la logistique quand même !). Comptez 100€/mois d’abonnement au début. Certains d’entre eux demandent également des frais de lancement liés à l’automatisation de la gestion des commandes.

Au bout de quelques jours de préparation, prise en main et réglages ça y est ! Le site et le catalogue sont prêts ! PAPPPARAPAAA !!! C’est maintenant que les galères commencent…

Pourquoi je l’achèterais chez vous ?

Vous allez être vite confrontés à la réalité. Après les quelques visites et les quelques achats de votre entourage, le néant : pas de trafic dans votre site. (NB : ils n’aiment pas forcément ce qu’ils viennent d’acheter sur votre site, ils sont juste gentils avec vous, ils vous soutiennent).

Comme vous avez créé votre site sur la base de modèles automatisés, l’expérience d’achat de votre site sera standard, l’interface aussi. De plus, vous aurez un problème de non exclusivité. Comme vous vous appuyés sur un fournisseur en drop shipping, il y a une forte probabilité que vous ne serez pas le seul à vendre un certain produit. Pas grave ? Un peu quand même…

Environ la moitié des acheteurs en ligne sont considérés comme « comparateurs ». Cela signifie que dans tous les cas, votre utilisateur cherchera systématiquement le même produit ailleurs, pour être sûr de ne pas « se faire avoir ». La guerre des prix est déclenchée !

Hurlez pour vous faire connaitre

Se distinguer dans la masse des sites e-commerce pour ramener du trafic n’est pas chose simple. Se montrer différent c’est bien, mais faut d’abord « se montrer ».

Le budget marketing sera à la fois nécessaire et la dépense la plus importante dans votre budget. Selon le support choisi pour communiquer et les produits vendus (mots clés), on peut vite grimper à des dizaines de centimes le clic. Vous verrez des billets de 50€ et 100€ cramer sous vos yeux. Vous avez intérêt à que le taux de transformation soit important ! (Pour info, le taux de transformation moyen sur des sites qui ont déjà fait leurs preuves est autour de 2%).

Vous pourriez également améliorer votre référencement avec des techniques SEO en travaillant sur des mots clés, sur des backlinks ou encore en améliorant les performances de votre site. Bien entendu, quoi que vous fassiez cela demande des compétences et beaucoup de temps pour en voir les résultats.

Qui dit activité dit coûts et imposition !

Conseil bête mais essentiel : n’oubliez pas la fiscalité dans vos calculs.

Pour ceux qui se lanceraient en période de chômage (ARE) attention également au statut de l’auto entrepreneur. En effet, comme les cotisations se calculent sur votre CA et que le budget marketing va sans doute miner votre rentabilité pendant des bons mois, vous risquez de vous retrouver paradoxalement sans revenu! Certes, vos allocations seront juste décalées dans le temps, mais vous aurez des problèmes de trésorerie.

Si au contraire vous partez sur une création de société, assumez le démarrage de certains coûts et obligations : comptabilité, TVA, compte professionnel…

Petit bonus pour terminer : la législation

Tant que vous resterez un micro acteur du e-commerce le risque est limité. Mais gardez à l’esprit que beaucoup de contraintes légales se posent aux e-commerçants en termes de protection du consommateur. Vous devrez, entre autres, vous munir de contrats, garantir la sécurité des données et garantir un service de médiation. Ce dernier, est un service obligatoire et à la charge du e-commerçant depuis 2016. L’objectif est de garantir la protection du consommateur en cas de litige. La FEVAD garantit à ses membres une médiation « gratuite ». Il suffira d’adhérer à la fédération. Comptez une cotisation à partir de 1140€ HT/an

Quelle activité pour un revenu mensuel net de 2000€ ?

Par rapport à tout ce que je viens de citer on pourrait déjà tirer quelques sommes et voir ce que ça représenterait un revenu mensuel net de 2000€ en termes d’activité. Pour simplifier la tâche je ne considère pas les coûts fixes liés au lancement. Je prendrai le cas de la microentreprise (chiffres TTC).

Au brut d’impôts et cotisations, notre revenu mensuel de 2000€ double et passe à 4000€. On rajoute 250€ de charges courantes hors marketing (hébergement, nom de domaine, abonnement drop shipping, cotisation FEVAD…) pour 4250€ de résultat d’exploitation. Avec une marge moyenne (compétitive) de 20% cela implique un CA mensuel de 21 250€, soit 354 ventes à un panier moyen de 60€. Avec un taux de transformation de 1% on aura besoin de 35 400 visiteurs uniques par mois.

Donc, 12 ventes par jour et c’est bon… A condition à que votre trafic soit purement organique !

Si ce n’est pas le cas, quel budget marketing devrais-je mettre pour générer autant de CA ?

Sur un coût par click moyen à 30 centimes cela nous fait 10 620€ de dépenses marketing. Si vous pensez transformer le 2% de vos visites il suffit de diviser par deux les dépenses en marketing à environ 5 310€.

Calcul de dépenses marketing

Calcul de dépenses marketing

Parallèlement, Pôle Emploi va calculer un abattement de 70% par rapport à votre CA afin d’estimer ce que vous auriez pu vous mettre dans la poche ce mois-ci. Sauf si vous avez une ARE à 5 chiffres ils ne vous donneront rien.

Evidemment, c’est reste un calcul à grandes lignes sur lequel chacun d’entre vous aura des remarques. Il est cependant indéniable que les volumes dont on parle doivent être pris au sérieux par l’individu qui souhaiterait se lancer dans le projet.

Mais alors, quand faut-il se lancer dans la création d’un site e-commerce ?

Lancer sa boutique en ligne est fondamental quand on possède déjà une boutique physique. Ce site vitrine rajoute un canal de vente supplémentaire et fonctionne de moyen de communication à l’extérieur. Par conséquent, peu importe si dans un premier temps le site ne génère pas un gros trafic.

Si vous êtes un influenceur à des dizaines de milliers de followers vous pourriez ramener du trafic d’une façon « organique » sans devoir recourir à la publicité (enfin si, la vôtre). Mais si c’était le cas, vous n’auriez peut-être pas besoin d’un revenu supplémentaire.

Pour les autres cas, je me sens de donner 3 conseils.

  1. Avant de vous lancer, préparez un vrai budget prévisionnel ! Il faut avoir dès le début une idée de ce que le projet représente afin de ne pas gaspiller votre temps et votre argent.
  2. Ensuite, ne soyez pas naïfs. Mêmes les concepts les plus innovants et les plus intéressant nécessitent de beaucoup de temps et d’un budget conséquent. Rien ne se fera tout seul et beaucoup de compétences vous seront nécessaires.
  3. Et si vraiment vous comptez vous lancer, optez pour quelque chose de vraiment différent. Avec Freeckly, nous avons justement cherché à nous différencier sur l’expérience d’achat. C’est d’ailleurs dans l’expérience d’achat que les gros e-commerçants ont bâti leur succès (VeePee, Amazon, Ebay…).

Cependant, comme vous comprendrez, nous nous sommes plus dans une optique de petit projet mais plutôt dans le lancement d’un projet à long terme. Une vraie activité créatrice d’emplois.

A mon avis, miser sur le e-commerce pour se payer un salaire la fin du mois c’est souvent une fausse bonne idée.