Déstocker sans brader ? Une tâche qui se révèle souvent très compliquée pour les entreprises du retail. Le risque c’est de créer des effets d’aubaines pour le consommateur et véhiculer une mauvaise image de marque. Les solutions de déstockage ? Ce n’est pas forcément mieux.

Le déstockage est une activité clé dans le retail

Si certains profitent de la période des soldes pour se libérer du fardeau des anciennes collections et repartir sur des nouveaux produits, pour d’autres la tâche est beaucoup plus complexe.

Suite aux soldes, les marques auront écoulé en moyenne 95% de leurs stocks. Cependant, comme dans toute moyenne, il y a des entreprises qui fatiguent plus que d’autres. Pour certaines marques françaises ce taux d’écoulement descendrait jusqu’à 70% !

Comme discuté dans un précédent article sur les prix barrés, nous vivons aujourd’hui dans un monde où la remise est devenue la norme. Ceci, grâce aussi au marché des ventes privées qui permet aux consommateurs de profiter de promotions avantageuses tout au long de l’année.

« Les promotions perdent d’efficacité, j’ai de plus en plus de mal à vendre mes produits, je baisse les prix, mon image de marque est détériorée… ».

Vous voyez la boucle ?

Tableau comparatif des solutions de déstockage non alimentaire

Chiffres : Estimations Freeckly sur base ADEME
Le taux d’écoulement est calculé sur la totalité du stock produit. Le recours aux différentes solutions ne se fait pas forcément dans l’ordre.

Des solutions de déstockage peu satisfaisantes

Les problématiques des enseignes viennent d’un besoin d’espace (qu’on pourrait traduire en coûts) et de trésorerie.  Cependant, ce n’est pas parce qu’aujourd’hui on peut s’appuyer sur des ventes privées ou tout autre solution de déstockage que la problématique est résolue. Parfois, ces besoins deviennent tellement lourds que le déstockage se fait à tout prix, en laissant la place à toute forme d’abus de la part de ceux qui tiennent une position de force.

C’est ainsi que les ennuis émergent :

  • Non, pas lui SVP !

Un entrepreneur (qui a préféré rester anonyme) nous a raconté sa relation avec les sites de ventes privées. Tout d’abord, des volumes importants peuvent s’imposer pour justifier la création d’une vente, ce qui est compréhensible. Mais il existe également d’autres conditions qui s’imposent sur les produits vendus. Ainsi, afin de pouvoir déstocker vos produits, il vous sera demandé de sacrifier certains de vos produits phares. Ces produits, qui se vendent normalement très bien, sont demandés en tant que produits d’appel à proposer à des marges dérisoires ;

  • Des prix « négociés » par une seule partie

Les enseignes qui se retrouvent le couteau à la gorge sont prêtes à libérer leur stock « A TOUT PRIX ». C’est le cas par exemple de William Hauvette, fondateur de la société Asphalte, qui a raconté son expérience dans le podcast « La galère » : « …on est obligé de les vendre à un déstockeur 5€ pièce alors qu’on les avait payés 20€ pièce… ». Des cas similaires sont très fréquents, surtout en traitant avec des déstockeurs physiques ;

  • Tous les œufs dans le même panier

Les déstockeurs physiques, après avoir négocié leur prix d’achat, ont tendance à tout mélanger en créant une expérience d’achat de type « Bazar ». L’objectif est de réduire leurs coûts d’exploitation. Le risque pour le client est de retrouver son propre produit dans un bac comme celui-ci ;

Bac d'un déstockeur physique

  • Donner ? ce n’est pas donné

Le don reste une solution intéressante en termes d’image dans le cadre d’une politique RSE. Cela permet également de récupérer des ressources sous la forme d’avantages fiscaux. Cependant, des avantages plafonnés, des difficultés organisationnelles et une méconnaissance du mécanisme font que la destruction soit encore préférée ;

  • La destruction bientôt interdite

Annoncée l’année dernière, la destruction de produits non alimentaires sera officiellement interdite à partir de 2022. Une bonne nouvelle pour la planète mais certainement une mauvaise nouvelle pour les enseignes qui se sont toujours appuyées sur ce moyen pour déstocker n’importe quel volume à n’importe quel moment.

 

La meilleure solution ?

Il semble qu’une solution miracle ne soit toujours pas au rendez-vous. Une solution capable de garantir le bon compromis entre marges, trésorerie et image de marque.

Les grandes enseignes pourront décider d’ouvrir des centres de déstockages physiques (les « magasins d’usine ») où réserver de l’espace « déstockage » dans leurs grandes surfaces. Mais cela ne sera pas possible pour tout le monde.

La meilleure solution reste donc d’éradiquer le problème à sa racine. Pourquoi déstocker quand on peut tout simplement moins produire ?

Encore une fois, les grandes enseignes pourront gérer la situation. Elles disposent de suffisamment de compétences et ressources capables d’optimiser la production et réduire au maximum les risques d’invendus (compte tenu que le risque 0 n’existe pas).

Les plus touchées par cette problématique restent les startups et les PME car :

  • fortement contraintes à des quantités de production/commande (quantités minimales pour pouvoir proposer des prix abordables) ;
  • avec une trésorerie très dépendante des performances de vente de peu de produits ;
  • ayant des problèmes de visibilité dans le marché.