Selon la FEVAD, ce sont plus de 500 millions les colis livrés en France en 2017. L’e-commerce en est le premier accusé.

Bien que l’on puisse discuter longtemps sur le solde positif ou négatif de l’impact du e-commerce sur l’environnement, le consensus sur l’impact de l’emballage semble univoque : l’e-commerce multiplie l’utilisation d’emballages à usage unique. De plus, la standardisation de la taille de l’emballage crée le phénomène dit du « transport de vides ».

Cependant, des nouveaux services de colis réutilisables laissent entrevoir une révolution proche. Nous en discutons avec Léa Got, fondatrice de Hipli.

La startup Hipli propose des colis réutilisables (et leur logistique) pour les e-commerçants engagés dans la transition vers un commerce plus responsable.

 

Bonjour Léa. Peux-tu nous aider à comprendre le cycle du colis réutilisable ?

C’est un bon mot « cycle » car nous sommes vraiment sur un service qui comprend à la fois le colis et la logistique qui permet de le réutiliser.
Nous envoyons les colis à l’e-commerçant en lots et à la commande, comme pour un emballage classique. Le colis est conçu avec un système de pliage et une petite fermeture éclair qui permettent d’en réduire la taille au format d’une lettre pour le retour. L’avantage c’est que le particulier peut le glisser dans n’importe quelle boîte aux lettres pour le renvoyer, gratuitement, dans notre entrepôt. Ici, nous le reconditionnons, le désinfectons et éventuellement le réparons pour ensuite le remettre dans le circuit.

 

Quels sont les coûts du service pour l’e-commerçant ?

Le service coûte 2€ HT pour le petit colis et 2,3€HT pour le colis de plus grande taille.

En réalité, une grosse partie de ce coût est justifiée par le retour du colis dans notre entrepôt. Ce qui reste tout de même faible grâce au format lettre dont je parlais. En fin de compte, le prix à payer pour une livraison responsable n’est pas vraiment si élevé comparé aux emballages classiques à usage unique. Un colis personnalisé peut coûter jusqu’à 1,50€ la pièce , en plus des frais de livraison à l’entrepôt de l’e-commerçant. Chez Hipli ces frais sont inclus à partir d’un certain volume.

 

Est-ce que la différence de coût va se répercuter sur le consommateur ?

Alors que certaines enseignes décident de prendre en charge la totalité du coût de la livraison responsable, d’autres préfèrent partager ce coût supplémentaire avec le client final, en proposant des « options Hipli » au moment du choix de la livraison. Cela permet de partager le coût mais également de sensibiliser ultérieurement le consommateur à des pratiques responsables.

Le choix revient à l’e-commerçant, les seules conditions que nous imposons ce sont de ne pas le proposer à un prix plus élevé et de ne le proposer que sur des livraison « lentes » pour garder une cohérence avec l’engagement responsable.

 

A partir de combien de cycles l’impact environnemental d’un colis Hipli devient positif par rapport aux emballages en carton ?

Nous venons justement de faire analyser le cycle de vie des colis Hipli par un cabinet externe. Je suis très heureuse de t’annoncer que comme on avait déjà pu constater nos emballages ont un solde environnemental très faible et rapidement positif par rapport aux emballages en carton.

Nos colis sont conçus pour être utilisés 100 fois mais c’est déjà à partir du 2eme ou 3ème cycle que ce solde est positif !

 

Cycle de l'emballage réutilisable Hipli

Cycle de l’emballage réutilisable Hipli

 

Vous avez prévu un système de consignes pour vous assurer que les colis reviennent ?

Il n’y a aucune consigne, ce système peut vite devenir compliqué à mettre en place. De plus, nous partons du principe qu’un consommateur sensibilisé à ces thématiques saura prendre en charge le retour sans problèmes.

En revanche, nous réfléchissons à la conception d’un système incitatif supplémentaire, en permettant par exemple de participer à des concours pour chaque colis renvoyé. On aimerait proposer des cadeaux avec un système de tirage au sort.

 

La Poste compense les émissions de CO2 du Colissimo depuis 2012. Est-ce que tu considères cela suffisant pour se définir « responsable » ?

Les compensations c’est bien mais ce n’est pas pour autant que l’impact disparaît, à la fois au niveau de la CO2 mais aussi pour les autres polluants. Nous nous concentrons surtout sur les émissions évitées.

A titre d’exemple, pour réduire notre impact à la source, nous travaillons uniquement sur des livraisons lentes (4j+) avec nos clients e-commerçants et les retours. Nous leur demandons également d’éviter de se réapprovisionner fréquemment et de préférer l’envoi de palettes entières.

Ceci dit, le retour des colis à notre entrepôt est géré par La Poste. Les relatives émissions de CO2, bien que faibles grâce au format lettre et au retour lent, sont déjà compensées.

 

Vous travaillez déjà avec pas mal d’enseignes. Quel est leur profil ? Quels sont les arguments que vous avez utilisés ?

En grande partie ce sont des marques déjà largement engagées sur le côté responsable, françaises ou pas. On a à la fois des petites et grandes enseignes qui peuvent nous commander entre 100 et 10 000 colis par mois. On commence à avoir des contacts également avec des grands groupes européens.

Le produit plaît beaucoup. Sa force vient du fait d’avoir intégré dès le processus de conception la plupart de ces clients. Ce qui fait que le service que nous avons conçu colle parfaitement à leurs besoins et à leurs attentes.

Nous nous attendons à que ce type de solution aille mobiliser de plus en plus d’enseignes dans le futur. Les consommateurs ont pris conscience de la problématique des emballages à usage unique et l’effet boomerang sur l’image de marque commence à se faire remarquer sur les avis et les réseaux sociaux.